Étude de faisabilité de la gratuité des transports en commun en Île-de-France.

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Après la décision d’Anne Hidalgo, maire de Paris, de lancer une étude sur la gratuité des transports, Valérie Pécresse, Présidente de la Région Île-de-France et présidente du STIF (autorité organisatrice des transports) a commandité la sienne dans l’intention de clore le débat. Elle a donc confié l’étude à Jacques Rapoport, ancien Président de SNCF Réseau, ex-Directeur Général de la poste et ancien Directeur Général Adjoint de la RATP.

Sans surprise donc, on retrouve dans le rapport tous les clichés et lieux communs généralement propagés par les adversaires de la gratuité.

https://www.iledefrance-mobilites.fr/actualites/conclusions-de-letude-menee-sur-la-faisabilite-de-la-gratuite-des-transports-en-commun-en-ile-de-france-leur-financement-et-la-politique-de-tarification/

Notre Dame from above, Paris

 Premier cliché : les automobilistes par définition ne prennent pas les transports en commun et sont « insensibles » au coût du transport. De ce fait le report modal atteindrait seulement  2 % et donc les effets de la gratuité sur les nuisances de l’automobile seraient minimes en termes de pollution et de sécurité routière.

Le collectif : Voilà une idée reçue qui a la vie dure. Pourtant les exemples sont nombreux montrant un report modal significatif pour peu qu’à la gratuité soit associée la qualité du service.

 Deuxième cliché : La fréquentation augmenterait tout de même de 10 %, constituée pour moitié de marcheurs et de cyclistes et l’autre moitié d’automobilistes, avec comme conséquence une dégradation du service.

Le collectif : Il est bien possible qu’une partie de cyclistes et des marcheurs soient tentés par des transports gratuits. Mais, pourrait-on répondre, « Et alors ? ». En réalité, le choix du vélo ou de la marche dépend de bien d’autres considérations que la seule gratuité, comme le besoin d’exercice physique, l’autonomie ou simplement le côté pratique.

Troisième cliché : La tarification sociale bénéficie à 1 million de personnes : la gratuité pour les personnes au RSA et des réductions accordées sous conditions de ressources. Et donc « la gratuité ne serait pas une mesure d’équité sociale, puisqu’elle profiterait à ceux qui peuvent supporter le prix des transports collectifs autant qu’aux plus modestes.»

Le collectif : Aujourd’hui partout où elle est appliquée, la tarification sociale met de côté une part importante de la population à revenus modestes. Aussi la gratuité est bien le meilleur outil pour rendre les transports collectifs accessibles à tous au-delà des personnes contraintes de prendre les transports en commun. La gratuité est un levier très efficace pour diminuer l’usage de la voiture.

Quatrième cliché : Sur le principe que les entreprises ne peuvent pas payer plus, à la perte des contributions des voyageurs (2,5 Mds d’€), il faudrait ajouter celle des recettes liées au remboursement de 50 % des abonnements (800 Millions d’€). Il faudrait augmenter la fiscalité de 500 € par ménage donc ce n’est pas possible. Comme on dit : « CQFD ».

« La gratuité porterait donc un risque important de paupérisation des transports collectifs et de dégradation de la qualité de service, les améliorations de l’offre voire son simple maintien ne pouvant plus être financés. »

Le collectif : Au final, ce rapport commandité par la présidente de la Région Île-de-France, Valérie Pécresse, démontre ce qu’il était chargé de démontrer, « La gratuité ce n’est ni possible, ni souhaitable. » La taxe sur les salaires payée par les entreprises de plus de 10 salariés (le versement transport) est un élément essentiel du financement des transports publics en France. Cette taxe a évolué en permanence en fonction des besoins de développement des transports collectifs, répondant au développement économique d’un territoire. Le relèvement de cette taxe est un enjeu politique fort si on veut répondre aux nécessités du changement climatique et de réduction de la pollution et répondre à la demande sociale.

Pour les prochaines élections municipales et dans de nombreuses communes, la gratuité s’est imposée dans le débat de la campagne électorale. Dans ce contexte certaines villes lancent des études avec des arrières pensées opposées.

À Clermont-Ferrand il y a certainement une réelle volonté d’aboutir à la gratuité totale.

https://www.lamontagne.fr/clermont-ferrand-63000/politique/la-gratuite-des-transports-en-commun-verra-t-elle-le-jour-a-clermont-ferrand_13136099/#refresh

À Lyon, le SYTRAL, les transports en commun lyonnais, lance une étude sur la gratuité pour dynamiter l’idée de gratuité avancée par certains candidats.

https://www.lyoncapitale.fr/actualite/reseau-tcl-gratuit-a-lyon-le-sytral-lance-une-etude/

A Grenoble, une étude « de faisabilité » a été lancée par le SMTC. Le collectif a été auditionné par le cabinet chargé de l’étude. Pour autant, le collectif a demandé à être reçu par le président du SMTC car cette étude n’apportera pas d’éléments de réponse à la question climatique ni aux enjeux sanitaires comme nous l’avions demandé. Nous reviendrons plus longuement sur cette étude.

Le GART (Groupement des autorités responsables de transport) a annoncé également une étude sur la gratuité des transports. Cette association d’élus responsables des transports milite depuis de nombreuses années contre la gratuité des transports en commun. On peut donc légitimement s’étonner de cette initiative à moins que ce ne soient les mêmes arrières pensées qui ont motivé Valérie Pécresse. Voir l’article du site Carfree.

 

 

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